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Le bonhomme Fawzy
Noces-Bayna : témoignage sur l’Atelier chorale à SEDAN – 2009-2010

Un petit homme aux yeux souriants cerclés de noir nous invite à entrer et à nous asseoir en face de lui.
Il propose d’abord de nous faire écouter la musique qu’il va nous faire chanter.
Il brandit la pochette du CD et avec une mimique amusée lance fièrement : « Noces-Bayna ! »

La musique est très enlevée, la voix féminine prend un tempo rapide, les instruments sont clairs et puissants, et tout à coup des voix d’enfants répondent à la chanteuse, le rythme ralentit, la musique s’orientalise, une voix d’homme chante en arabe et les enfants, ô surprise, lui donnent la réplique. Le final est grandiose, quand des onomatopées répondent au Salam Aïlekoum, jusqu’au silence abrupt qui nous laisse sans voix.

L’auditoire visiblement a goûté cette joie jusqu’au bout.
Le petit homme à la chéchia nous regarde intensément, il veut savoir si nous sommes conquis
et il lit sur nos visages la peur, la timidité, la joie, l’envie et la curiosité.
Il a la conviction que la partie est gagnée et que ça va marcher.
Fawzy annonce que nous nous verrons dix fois, et nous rassure :
« Vous serez prêts pour le concert, vous allez travailler pour ça, vos maîtresses vont vous aider.
Je suis sûr que vous y arriverez et que vous y prendrez beaucoup de plaisir. »

Fawzy… c’est comme ça que le petit homme entend bien qu’on le nomme :
les plus hardis s’emparent aussitôt de son patronyme,
d’autres n’osent pas et il leur faudra du temps,
mais aujourd’hui tous l’appellent désormais par son prénom.

Sa parole engageante, ses recommandations, ses remarques sont écoutées avec une attention soutenue par la plupart des enfants,
même si tous ne comprennent pas d’emblée ce qu’il attend d’eux.
Petit à petit, on surmonte timidités et angoisses et chacun sait se faire entendre.

Les enfants d’origine maghrébine apportent une aide précieuse pour parfaire la prononciation des partie chantées en arabe
– cette langue est enfin bienvenue dans les bouches de leurs camarades,
et plus tard, la cour et la classe résonneront des accents de cette langue qui leur était jusqu’alors totalement étrangère.
Il n’y a pas de pièges, chacun peut contrôler ce qu’il dit grâce à la traduction des paroles.

Au début de chaque séance de travail, Fawzy ouvre une imposante boîte métallique dont il sort un oud
grâce auquel il accompagne notre chant.
Le puissant instrument parvient à imposer sa présence face aux trente-cinq élèves,
la magie opère si bien que deux heures durant les enfants s’en donnent à cœur joie.

Noces-Bayna s’invite cependant davantage dans la classe deux ou trois fois par semaine,
lors d’entraînements qui se font sans lui.
Le plaisir reste entier et lorsqu’on se heurte à des difficultés, les visites et conseils de Fawzy permettent immédiatement d’y remédier.
Nous ciselons le chant, la posture, l’intensité des voix.

C’est passionnant car les enfants ont l’assurance de faire un vrai travail d’artiste.

Le jour du concert, les élèves, habillés comme pour un jour de fête, sont conseillés par Evelyne :
réunis sur la scène ils lui font une confiance aveugle, car c’est elle la chanteuse de Noces-Bayna.
Ils ne l’avaient pas vue avant, mais ils suivent ses instructions à la lettre :
on doit rajouter un couplet ici, mimer le sommeil durant la berceuse et danser sur le devant de la scène.

S’attendant à un spectacle scolaire traditionnel, les parents sont stupéfaits de découvrir leurs enfants
s’exprimer avec une telle énergie contrôlée.

Tout est surprenant : jeux de lumière, son impeccable, musiciens professionnels et petits chanteurs concentrés.
Les enfants comme les artistes ont droit à des applaudissements nourris, mais c’est Fawzy qui emporte la palme !

Dans la semaine qui suit, les demandes se pressent :
Qu’allons-nous chanter maintenant ?
Chanterons-nous encore Noces-Bayna ?
J’ai le CD de toute façon, mais est-ce que nous le reprendrons à la chorale de fin d’année ?

Il est bien évident que la préparation a été longue et délicate,
mais la richesse des musiques proposées a emporté l’adhésion de tous.
Monter sur scène n’a jamais été un but en soi,
mais plutôt une conclusion heureuse et enivrante livrant ce message :
« Je peux le faire, je l’ai fait ! »,
car au fil des semaines les enfants se sont transformés dans leur rapport au corps et à la voix.
Ils sont devenus plus attentifs à la musique,
ils ont appris à s’écouter les uns les autres, ils ont ainsi gagné en maturité :
ils se souviennent qu’ils ont occupé la scène, et que, confiants en eux-mêmes, sûrs de leurs voisins,
ils ont chanté avec fierté une langue inconnue !

Merci Fawzy !

Shirley Prunier-Dollé - SEDAN
Le 16 février 2010

Un grand merci à Shirley pour ce bel et touchant hommage à notre travail de proximité, Fawzy


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